Le jour même de l’attentat meurtrier contre Charlie-Hebdo, le 7 janvier 2015, le Président du Parti Socialiste Elio Di Rupo présentait ses vœux à la Maison du Parti. A la place du traditionnel discours politique, il rendit hommage aux victimes et en appela aux principes de la démocratie. Il m’a demandé d’intervenir quelques instants. Ceci est le texte de mon allocution.

La liberté d’expression est le cœur vivant de la démocratie.

Ses ennemis le savent, et c’est pourquoi ils s’en prennent à elle.

Ce qu’ils ne supportent pas, c’est une idée bien simple : ce qui est sacré en démocratie, c’est que rien n’est sacré. Tout peut être critiqué, contesté, remis en cause jusque dans ses fondements – tous les pouvoirs, tous les dogmes, toutes les certitudes.

C’est pourquoi il est vain de se demander jusqu’où on peut aller en s’exprimant, en écrivant, en dessinant. Arrêtons de nous demander quelles sont les limites de la liberté d’expression. La philosophie de Charlie Hebdo, c’est que ces limites doivent être repoussées le plus loin possible. La Cour européenne des droits de l’homme l’a aussi affirmé en disant que la liberté d’expression exigeait que nous acceptions les « propos qui blessent, qui choquent et qui inquiètent l’Etat ou autrui ».

Et quoi qu’il en soit, personne n’a autorité pour décréter quelles sont ces limites.

La vraie question n’est pas celle des limites mais des conditions de la liberté d’expression. A quelles conditions la liberté d’expression est-elle possible ? C’est très simple, cela tient en deux mots :

  • égalité : pas de liberté qui ne soit une égale liberté. Si je suis libre d’assujettir, de dominer, de discriminer autrui, alors lui n’est pas libre, et c’est contradictoire. Voilà qui donne tout son sens à notre combat contre les inégalités et les discriminations, et aux législations antiracisme et anti-discrimination que nous avons portées depuis des décennies ;
  • civilité : la seconde condition de la liberté, c’est, sinon la non-violence (ne soyons pas naïfs), du moins la moindre violence. Il n’y a pas de liberté d’expression sous la menace, l’intimidation, encore moins sous un régime de terreur et de mort. Telle est d’ailleurs l’autre cible constante des terroristes : le dialogue des cultures, la différence, le respect de l’autre. Voilà qui (à nouveau) donne tout son sens à notre combat contre l’incitation à la haine, la violence et la discrimination, et aux législations qui la sanctionnent, et que certains voudraient aujourd’hui remettre en cause.

Pas de liberté sans égalité, pas de liberté sans civilité. Et réciproquement. Ces trois valeurs sont indissociables. On ne peut penser et vivre l’une sans les autres.

Liberté, égalité, civilité, donc. La France,  où tous nos regards se tournent, en a fait sa devise : liberté, égalité, fraternité. Elle est plus que jamais d’actualité.